Vendredi 10 octobre 2008
On est tous occupés à remarquer les gesticulations maladroites du gouvernement Nain-de-jardin et j'ai l'impression
qu'on ne remarque certains agissements effarants. Je parle de la remise en taule de Jean-Marc Rouillan, le co-fondateur d'Action Directe. Entendons nous bien, je suis pacifiste et je ne défends
pas bec et ongles les assassinats pour lesquels ce gars et ses potes ont été condamnés même si je comprends leurs motivations désespérées. Ce n'est pas le propos de toute
manière.
Le titre de ce billet est éponyme d'un livre de Michel Foucault, où on trouve notamment une phrase excellente : "Beau comme une prison qui brûle". Vous l'aurez compris : je trouve que le système pénitentiaire tel que l'on le connaît est une abomination totale.
Pourquoi parler du gars d'Action Directe dans tout ça? Beh parce que ce mec a fait le pire, on dira : il a organisé froidement et soigneusement l'assassinat d'un autre homme. Soit. Mais est-ce pour autant qu'il faut le traiter de cette façon? On oublie très souvent d'être humains et on oublie que l'autre état est... inhumain. Il a été condamné à perpétuité. Il a fait ses 18 ans de peine de sureté, comme on dit. Pourquoi cette fascination morbide devant le pouvoir que l'on peut avoir sur d'autres de notre espèce :
* enfermement et isolement continu pendant des années;
* interdiction totale d'accès aux livres, CD, etc. d'extérieur;
* toutes les lettres sont lues et corrigées par les matons;
* permissions de visite accordées extrêmement difficilement même aux membres de la famille;
* jugé (avec ses complices) par une assise de magistrats, donc en absence de jurés populaires : c'est la loi de 1986 dite "antiterroriste"...
* la loi relative à la lutte contre le terrorisme et portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers de 2006 contient un article qui donne les pleins pouvoirs à l'état français de retenir les incarcérés ad vitam aeternam...
Qu'on ne s'étonne pas que toutes les demandes de liberté conditionnelle de ces retenus ont été rejetées...
C'est marrant, mais le traitement réservé à ces prisonniers spéciaux me fait penser au "Joueur d'échecs" de Zweig. Là, c'est un traitement très semblable infligé par les nazis... Parlant des nazis, je crois qu'on a oublié la tentative d'incarcérer tous les dignitaires nazis sans procès, autrement dit, de punir directement et de façon "extraordinaire" (par opposition à ordinaire). Ce qui est aussi faire appel à l'inhumain : oui, ils ont sévi, oui, ils ont été des monstres abjects, ... et alors? Pas droit à un traitement légal tel que préconisé par notre jurisprudence d'humains regardant avec horreur et condescendance ceux qu'on condamne...? On a oublié les Lumières ou on les considère comme de pauvres avortons? Pour avoir oublié Voltaire : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire".
C'est un truc qui me turlupine depuis un moment et c'est le pitit billet de Michel Onfray dans Siné Hebdo de cette semaine qui m'a bouleversé et qui a remis les choses sur le tapis. Notamment par la phrase de fin : "Qu'on lui [à Jean-Marc Rouillan] donne donc plein et entier usage de sa liberté, y compris pour en faire un mauvais usage, car c'est à la tolérance du mauvais usage de la liberté qu'on mesure son degré d'existence et son étendue."
Bon, la prose de ce matin n'est pas super joyeuse. Mais... comment ne pas en parler?
Le titre de ce billet est éponyme d'un livre de Michel Foucault, où on trouve notamment une phrase excellente : "Beau comme une prison qui brûle". Vous l'aurez compris : je trouve que le système pénitentiaire tel que l'on le connaît est une abomination totale.
Pourquoi parler du gars d'Action Directe dans tout ça? Beh parce que ce mec a fait le pire, on dira : il a organisé froidement et soigneusement l'assassinat d'un autre homme. Soit. Mais est-ce pour autant qu'il faut le traiter de cette façon? On oublie très souvent d'être humains et on oublie que l'autre état est... inhumain. Il a été condamné à perpétuité. Il a fait ses 18 ans de peine de sureté, comme on dit. Pourquoi cette fascination morbide devant le pouvoir que l'on peut avoir sur d'autres de notre espèce :
* enfermement et isolement continu pendant des années;
* interdiction totale d'accès aux livres, CD, etc. d'extérieur;
* toutes les lettres sont lues et corrigées par les matons;
* permissions de visite accordées extrêmement difficilement même aux membres de la famille;
* jugé (avec ses complices) par une assise de magistrats, donc en absence de jurés populaires : c'est la loi de 1986 dite "antiterroriste"...
* la loi relative à la lutte contre le terrorisme et portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers de 2006 contient un article qui donne les pleins pouvoirs à l'état français de retenir les incarcérés ad vitam aeternam...
Qu'on ne s'étonne pas que toutes les demandes de liberté conditionnelle de ces retenus ont été rejetées...
C'est marrant, mais le traitement réservé à ces prisonniers spéciaux me fait penser au "Joueur d'échecs" de Zweig. Là, c'est un traitement très semblable infligé par les nazis... Parlant des nazis, je crois qu'on a oublié la tentative d'incarcérer tous les dignitaires nazis sans procès, autrement dit, de punir directement et de façon "extraordinaire" (par opposition à ordinaire). Ce qui est aussi faire appel à l'inhumain : oui, ils ont sévi, oui, ils ont été des monstres abjects, ... et alors? Pas droit à un traitement légal tel que préconisé par notre jurisprudence d'humains regardant avec horreur et condescendance ceux qu'on condamne...? On a oublié les Lumières ou on les considère comme de pauvres avortons? Pour avoir oublié Voltaire : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire".
C'est un truc qui me turlupine depuis un moment et c'est le pitit billet de Michel Onfray dans Siné Hebdo de cette semaine qui m'a bouleversé et qui a remis les choses sur le tapis. Notamment par la phrase de fin : "Qu'on lui [à Jean-Marc Rouillan] donne donc plein et entier usage de sa liberté, y compris pour en faire un mauvais usage, car c'est à la tolérance du mauvais usage de la liberté qu'on mesure son degré d'existence et son étendue."
Bon, la prose de ce matin n'est pas super joyeuse. Mais... comment ne pas en parler?
Par MaliciaR
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Publié dans : Divers et variés
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